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Dossier

Kabbale chrétienne : Pic de la Mirandole et la suite

En 1486, un jeune humaniste annonce qu'aucune science ne prouve mieux la divinité du Christ que la magie et la kabbale. Tout l'ésotérisme occidental en découle.

Ésotérisme 2 min de lecture

Jean Pic de la Mirandole a vingt-trois ans quand il publie neuf cents thèses à discuter publiquement à Rome. Deux d'entre elles ont changé l'histoire du sujet : nulla est scientia quae nos magis certificet de divinitate Christi quam magia et cabala. Aucune science ne nous assure mieux de la divinité du Christ que la magie et la kabbale.

La commission pontificale en condamne treize. Pic s'enfuit, est arrêté, puis absous par Alexandre VI. Il meurt à trente et un ans.

Le mouvement qu'il ouvre

L'idée est la suivante : si la kabbale juive est une tradition reçue de Moïse, et si elle parle de dix émanations et d'un nom divin, alors elle contient sans le savoir la Trinité et le nom de Jésus. Il suffit de lire correctement. La guematria appliquée au nom hébreu de Jésus devient l'argument central.

Johannes Reuchlin systématise en 1517 avec le De arte cabalistica. Agrippa intègre le tout dans le troisième livre de sa Philosophie occulte. À partir de là, plus aucun traité de magie européen ne sera écrit sans vocabulaire kabbalistique.

Ce que cela fait à la kabbale

Il faut le dire nettement : la kabbale chrétienne n'est pas la kabbale. Elle en prend le vocabulaire, les schémas et l'autorité, et les met au service d'une démonstration que les kabbalistes juifs rejettent — celle de la vérité du christianisme.

Elle a servi d'argument aux campagnes de conversion, et Reuchlin lui-même a dû défendre les livres hébreux contre ceux qui voulaient les brûler. Le rapport est donc ambigu de bout en bout : admiration réelle pour une tradition, et entreprise de l'absorber.

Ce qu'il en reste aujourd'hui

À peu près tout ce que l'ésotérisme occidental appelle « kabbale » en descend : l'arbre des sefirot comme grille universelle, les correspondances entre sefirot, planètes et couleurs, l'usage des noms divins dans les opérations. La Golden Dawn en a fait sa charpente, et de là c'est passé dans le tarot, la magie contemporaine, et une large part de la culture populaire.

Savoir cela ne condamne rien. Cela permet seulement de ne pas confondre une construction de la Renaissance européenne avec une tradition juive vieille de huit siècles — et de citer correctement ce qu'on emprunte.