Passa al contenuto
Dossier

La roue de l'année est une invention du XXe siècle

Les huit fêtes existent séparément et depuis longtemps. Leur réunion en un cycle unique date des années 1950.

Temple de Gaïa 2 min de lecture

Imbolc, Ostara, Beltane, Litha, Lugnasad, Mabon, Samhain, Yule : le cycle est aujourd'hui si répandu qu'on le croit immémorial. Sa composition est pourtant datable, et récente.

Ce qui est ancien

Les quatre fêtes solaires — solstices et équinoxes — sont observées partout où l'on compte le temps, ce qui ne dit rien de leur célébration. Les quatre fêtes intercalaires viennent du calendrier irlandais : Imbolc, Beltaine, Lugnasad et Samain sont attestées dans les textes médiévaux irlandais, avec des fonctions agricoles et pastorales claires — mise bas des brebis, mise à l'herbe, moisson, rentrée des troupeaux.

Jusque-là, tout est solide. Ce qui ne l'est pas, c'est l'idée qu'un même peuple aurait célébré les huit dans un seul système.

Ce qui ne l'est pas

Les sources irlandaises ne connaissent pas les solstices comme fêtes majeures ; les traditions germaniques célèbrent Yule et la mi-été mais ignorent le quatuor celtique. Les deux séries appartiennent à des aires et des calendriers différents.

Leur fusion se fait dans les années 1950, en Angleterre, dans les échanges entre Gerald Gardner et Ross Nichols, fondateur d'un ordre druidique. Ronald Hutton en a reconstitué la chronologie à partir de la correspondance et des publications. Les noms eux-mêmes trahissent le bricolage : Ostara vient d'une déesse mentionnée une seule fois par Bède le Vénérable, et Mabon est un personnage du Mabinogion gallois, choisi en 1974 par un auteur américain parce qu'il fallait un nom pour l'équinoxe d'automne.

Et alors

Ce constat est souvent reçu comme une attaque. Il ne devrait pas l'être. Un calendrier qui organise l'année autour du cycle solaire et agricole est cohérent, utile et beau, qu'il ait soixante-dix ans ou trois mille. Les fêtes chrétiennes majeures ont elles aussi des dates fixées tardivement, sur des bases discutables, et personne n'en conclut qu'elles sont fausses.

Ce que la datation exacte change, c'est seulement ceci : on ne peut plus s'en servir pour prouver une continuité avec un paganisme ancien. La roue de l'année ne témoigne pas du passé — elle témoigne de ce que le XXe siècle a voulu en faire, ce qui est un sujet aussi digne d'étude.