Le philtre
Le mot latin venenum dit à la fois philtre et poison — et le droit romain, lui, ne faisait pas la différence.
| Type | Philtre et ligature |
|---|---|
| Aire | Monde méditerranéen, puis Europe |
| Période | Antiquité au XVIIIe siècle |
| Attestation | Lex Cornelia de sicariis et veneficis (81 av. n. è.) ; procès des poisons, 1679-1682 |
Le latin venenum désigne indifféremment le breuvage d'amour et le poison, et cette ambiguïté n'est pas une faiblesse de la langue : elle correspond à la réalité. La loi romaine de 81 avant notre ère traite les deux dans le même texte, aux côtés de l'assassinat.
La raison est empirique. Les substances que la tradition antique associe à l'amour sont pour beaucoup des toxiques — cantharide en tête, dont l'effet irritant a été pris pour un aphrodisiaque et qui provoque des lésions rénales graves. Lucrèce, selon une tradition tardive et douteuse, en serait mort.
L'affaire des poisons, sous Louis XIV, montre le continuum en fonctionnement : les mêmes fournisseuses vendaient des messes noires, des philtres et de l'arsenic, à la même clientèle de cour.